Encore un petit effort
J’en ai vu beaucoup « se suicider » pour diverses raisons, mais souvent aussi parce que ses collaborateurs (on ne peut plus parler de « talents » dans ce cas) avaient perdu le goût de l’effort.
Sans effort, pas d’avancées, pas de victoires. L’effort réjouit.
Que se passe-t-il aujourd’hui dans beaucoup d’entreprises ? Pourquoi de si nombreuses personnes perdent-elles cet élan vital, cette envie de se dépasser ?
Les neuropsychologues confirment aujourd’hui de plus en plus que l’être humain, son cerveau, favorise le moindre effort :
Moindre effort physique
Les adolescents d’aujourd’hui ont perdu ¼ de leur capacité pulmonaire par rapport aux adolescents des années 1990 - Olivier Babeau
Moindre effort au travail
630h de temps de travail en France en moyenne annuelle contre 895h en Suisse et 730h en Allemagne.
Trop de candidats pensent aujourd’hui que la réussite vient sans effort. Cette paresse, j’emploie à dessein ce mot fort, n’est pas heureusement partagée par tous, ni dans tous les pays, où je remarque que le désir de progresser est toujours intact, comme en Asie par exemple.
Moindre effort intellectuel
Dans certains pays, le niveau moyen à l’école baisse avec toutes les conséquences que cela implique sur le futur (plus si futur malheureusement) en termes de manque de ressources intellectuelles et de compétences dont tous les pays ont besoin pour faire face aux défis du XXIe siècle.
Des études commencent à pointer du doigt le smartphone comme la cause d’une réduction des capacités de notre cerveau.
Enfin, le recul de la lecture avec l’effort qu’elle demande engendre un appauvrissement de la pensée.
Moindre effort parental
Compliqué d’avoir des enfants quand on veut centrer sa vie sur soi.
En Italie, le taux de natalité a chuté à 1.2 enfant par femme en 2023, soit un déclin de 34,1% depuis 2008.
Comment redonner ce goût de l’effort dans les entreprises ?
Au début du XXIe siècle, les collaborateurs existaient principalement par l’entreprise, ils s’adaptaient au groupe. Aujourd’hui, c’est le contraire : c’est l’entreprise qui nous est redevable, qui nous appartient, qui doit s’adapter aux collaborateurs. Il n’y a qu’à voir leurs demandes à la carte concernant leurs emplois du temps ou encore ceux qui veulent venir travailler au bureau avec leur chien… Se faire plaisir est l’objectif n*1 et surtout se faire plaisir tout de suite. Exit la patience de monter les marches de la hiérarchie, d’attendre une promotion…, en fait juste la patience d’apprendre son métier.
Là encore, moins d’effort. Quand cela devient compliqué, de plus en plus de collaborateurs abandonnent et passent à autre chose sans se projeter dans le futur. L’engagement ne compte plus ; leur seul engagement est celui de l’instant.
A ce titre, je n’aime pas le lundi matin car c’est le moment préféré de certains collaborateurs pour vous annoncer qu’ils ont bien réfléchi durant le weekend et qu’ils souhaitent quitter la société car les objectifs à atteindre sont trop élevés et exigeants… Quand je dis qu’ils ont réfléchi, je suis trop gentil : ils ont passé 4h sur TikTok et arrivent le lundi matin en concluant que la vie virtuelle est beaucoup plus cool que la vie réelle de l’entreprise. La fiabilité des talents : une compétence devenue rare.
Donc pour répondre à la question initiale :
- Rétablir une certaine discipline, discipline de l’exemple. Tous les sportifs vous le diront : l’accomplissement, la victoire, passent par des efforts intenses et une discipline. Il en est de même dans les entreprises, même si je sais que ce discours risque de me faire passer pour un dangereux réactionnaire.
- Convaincre les collaborateurs de retrouver le goût de la lecture, de la réflexion, de se défaire progressivement de cette addiction létale aux écrans. Arrêter progressivement de prendre son shoot quotidien de dopamine avec la civilisation de la vidéo. Passer de la passivité devant un film ou de courtes vidéos, à l’activité de réflexion, de mémoire, pour enfin retrouver le goût de l’effort, de la difficulté, de l’accomplissement de soi.
- Rétablir une culture de la collaboration entre les différents talents d’une entreprise. Rétablir le savoir-vivre afin que ces mêmes talents ne soient plus centrés que sur eux-mêmes.
- Réarmer les collaborateurs pour mieux résister aux aléas de la vie et du monde des affaires, ainsi qu’aux opinions divergentes.
- Réapprendre à viser haut, à viser les étoiles. Le plus grand plaisir n’est-il pas celui de la conquête ?
- Réapprendre aux collaborateurs à ne rien faire entre 2 tâches : en fait de ne rien faire, je parle plutôt de rêver, discuter, se reposer, mûrir un plan, créer,… plutôt que de se saisir de son smartphone quand on a un moment de libre pour se précipiter sur du contenu attrayant ou débile.
- Provoquer des envies de réussite sur des projets précis qui ne seront atteints qu’à force de passion, de ténacité et de collaboration.
En somme, il est urgent de réhabiliter l’effort, le mérite, le courage,… avant que tout le monde ne tombe en dépression, car il y a une vraie corrélation entre effort et dépression. Il s’agit d’un véritable défi auxquelles sont soumises toutes les civilisations, mais aussi les entreprises humaines, d’autant plus que l’IA générative nous fait franchir un nouveau pas vers toujours plus de facilité.
PS : Merci à ceux qui ont fait l’effort de me lire jusqu’au bout :)
Charles-Henri Dumon
CEO Morgan Philips Group
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